La Biélorussie à la recherche d’une « troisième voie »

D’une superficie de 107.000 km2, la Biélorussie est peuplée de 9,49 millions de personnes avec un produit intérieur brut par habitant de 6.471 $ en 2015. Elle dispose principalement de ressources agricoles. Elle a connu un passé prestigieux polono-lituanien jusqu’à son annexion à l’Empire russe au XVIIIème siècle. Sous domination soviétique de 1918 à 1991, elle a accédé, contre sa volonté, à l’indépendance sous le nom de République du Belarus. Ce passé perdure dans ses lieux de mémoire : Mir et Niesvij, châteaux de la famille Radziwill restaurés par l’Etat biélorusse ; bataille de la Bérézina contre l’armée napoléonienne (1812) ; massacre de Khatyn par l’armée allemande (1943) ; Brest ex-Litovsk avec la signature du traité de paix entre la République russe bolchevique et l’Empire allemand (1918), puis attaque de la Wehrmacht (1941) ; forêt de Bielovieje avec la signature de la dissolution de l’URSS (1991).

Soumise à un régime très autoritaire mais non totalitaire, la Biélorussie (Belarus) reste membre du Mouvement des non-alignés (120 Etats), malgré la proximité ouest-européenne et le poids de l’influence russe.

Un groupe de l'Association des auditeurs de l’Institut des Hautes Etudes de Défense Nationale s’est rendu en Biélorussie du 21 au 28 juin 2017 et y a rencontré des représentants du Ministère des Affaires étrangères, de la société civile et de l’opposition.

Consolidation de l’autoritarisme. La Biélorussie est dirigée depuis 1994 par Alexandre Loukachenko, ancien directeur de Sovkhoze, élu avec 80% des voix sur un programme de bonne gouvernance, de sécurité politique et de lutte contre la corruption des apparatchiks soviétiques. A l’origine plutôt réformateur, il privilégie la stabilité économique et sociale et redoute une évolution à l’ukrainienne, jugée dangereuse. Depuis 1994, il a réussi, notamment via les référendums de 1996 et 2004, à transformer le régime parlementaire en régime présidentiel, concentrer tous les pouvoirs et se représenter indéfiniment pour des mandats de cinq ans. Malgré l’absence d’accès à la presse écrite et à la télévision pour les opposants politiques, les voyages et les contacts avec les étrangers sont libres ainsi que la consultation des sites internet hostiles au régime. L’Etat domine largement la vie économique du pays, à 70% environ. Durant la période soviétique, la Biélorussie était le siège d’industries mécaniques développées. Elle a donc continué à profiter, lors de la dislocation de l’Empire, d’un niveau de vie bien supérieur à celui des autres républiques nouvellement indépendantes. En outre, se sont implantées récemment quelques entreprises mondiales, leaders dans les jeux électroniques et la vidéo, ainsi que « Regula », premier fournisseur mondial de détecteurs de faux billets dans une « petite Silicon Valley ».  L’agriculture, sous le contrôle de l’Etat qui dirige de vastes exploitations, constitue la majorité des exportations. En conséquence, la plupart des Biélorusses apportent leur soutien au régime et se montrent peu sensibles aux appels de l’opposition en faveur de la démocratie, des droits de l’Homme ou de la liberté de la presse. Les attaques russes contre la souveraineté et l’indépendance de la Géorgie et de l’Ukraine ont été mal ressenties en Biélorussie.

Le « grand frère » russe. Riche d’une longue histoire sous domination polono-lituanienne, puis russe et soviétique, la Biélorussie a fêté en 2017 les 25 ans de son indépendance, acquise contre sa volonté. Des relations très particulières, héritées de 70 ans de férule soviétique et basées sur une dépendance militaire et économique, la lient aujourd’hui à la Russie, dont elle doit rester proche. La menace de l’OTAN, agitée par Moscou, l’inquiète et la maintient dans des relations militaires étroites avec son voisin. Les manœuvres conjointes, lancées en septembre et dénommées Zatrad 2017, mobilisent officiellement de 12.700 soldats, mais la Lituanie estime les effectifs à 100.000. Le scenario, selon Minsk, porte sur une « tentative occidentale de déstabilisation par une invasion imaginaire » mais, selon Moscou, sur « une infiltration de groupes terroristes en Biélorussie et à Kaliningrad » (enclave russe entre la Pologne et la Lituanie). Il s’agit, bien sûr, de l’OTAN. Au centre des préoccupations régionales se trouve le corridor de Suwalki, seul trait d’union d’une centaine de km entre les pays baltes et l’Union européenne, et interruption dans la continuité territoriale entre la Russie et son enclave de Kaliningrad. Malgré l’absence de véritable base militaire russe en Biélorussie, il existe une coopération étroite entre un système commun de défense aérienne, une station de radars pour la défense de Moscou et un centre de télécommunications pour la flotte russe, les forces de la Russie continentale et Kaliningrad. Les relations entre la Biélorussie et Kaliningrad sont soutenues par un important commerce bilatéral via ce débouché direct pour les produits agricoles biélorusses. Une union militaire existe depuis 1996 avec la Russie qui, en contrepartie, protège la Biélorussie, et accorde des prix réduits sur ses importations d’hydrocarbures. Mais depuis 2011, la Biélorussie subit une grave crise économique à laquelle se sont ajoutées l’embargo sur les produits alimentaires imposé par Moscou et les mauvaises conditions économiques en Russie et en Ukraine. La Biélorussie fait partie du bloc de l’Est, elle est « alliée », mais non « alignée » sur la Russie, car soucieuse de préserver ses intérêts nationaux et sa souveraineté, notamment en politique extérieure. Ainsi, elle n’a reconnu ni « l’indépendance » de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, ni l’annexion de la Crimée. En jouant un rôle de facilitateur des Accords de Minsk destinés à résoudre le conflit ukrainien en 2015, la Biélorussie est réapparue sur la scène européenne comme un partenaire à prendre en compte. Fière de ses racines européennes et désireuse de recréer une nouvelle mémoire historique antérieure aux annexions russes du XVIIIème siècle, elle tente de sortir d’une relation quasi mortifère avec la Russie et s’efforce de développer ses relations avec l’Europe occidentale.

Perspectives politico-stratégiques. La Biélorussie tâtonne pour trouver sa place en Europe. Ses expériences douloureuses des guerres européennes la conduisent à louvoyer sans cesse entre l’Union européenne et la Russie. La première lui apporte un soutien intermittent et très mesuré, mais qui attire un nombre grandissant de Biélorusses, notamment parmi la jeunesse. La seconde emploie tous les moyens, y compris les menaces sur les livraisons de gaz, pour renforcer sa mainmise, déjà forte, sur un voisin récalcitrant ! Son existence et sa survie en tant qu’Etat indépendant dépendront de sa capacité à maintenir un équilibre pacifique entre l’Europe de l’Ouest, dont elle se sent culturellement proche, et la Russie qui maintient sur elle un étau militaire et économique. La Biélorussie d’aujourd’hui est devenue un pays développé, avec un bon niveau de formation et un taux de corruption bas. Elle se situe en effet au 79ème rang dans le classement de l’organisation non gouvernementale Transparency International !

Hélène Mazeran

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